Pages to the People

Messieurs,

 

Je ne viens point ici répandre de courroux
Je ne suis pas de ces femmes au corps vertueux
Dont la pudeur exulte à vous rendre jaloux.
Je suis d'une autre espèce ; animal dangereux,
Je me métamorphose en toutes vos ardeurs.
Je prends les formes de vos plus profonds désirs,
De ceux qui vous attirent autant qu'ils vous font peur.
Et donc je m'offre ainsi, souriante et martyre
Aux affres rugissants que votre cœur dénie
Mais qui, bien installés au creux de vos entrailles,
Vous hantent puissamment et torturent votre esprit.
Il n'y a rien, Messieurs, rien d'autre qui ne vaille
La peine de mon corps qui vient séduire votre âme,
Et telle Salomé, ce n'est que mon image
Qui danse hypnotisant vos beaux yeux que j'affame
Et c'est tout à la fois celle qui vous soulage :
Il n'est d'autre remède à vos excitations
Que celui de me voir corps et âme noués
Par les cordes que vous, Messieurs, avec passion
Avez lié tout le long de ma peau.
Ces cordes sont un long chemin fort sinueux
Comme votre désir, qui m'enlace et m'enserre ;
Tout le long de mon corps, vos fantasmes, en nœuds
Viennent stigmatiser et pénétrer ma chair.
Je suis celle qui s'offre sans qu'on puisse y goûter
Celle qui ouverte à tous ne peut être domptée.
Je vous parais soumise mais vos nœuds sont pour moi
La liberté, que vous n'aurez jamais sans moi.

 

 

Lutèce